A la une

#alternance 44 Documentaliste h/f

Pôle Documentation - mar, 04/02/2019 - 18:43

Le Département de Loire-Atlantique recherche par voie d’apprentissage un-e documentaliste.

L’article #alternance 44 Documentaliste h/f est apparu en premier sur Pole Documentation.

Catégories: A la une

Innovation documentaire : L'association Xplor France dévoile son Palmarès Xplor 2019

Archimag - mar, 04/02/2019 - 12:31
  • L'innovation documentaire à l'honneur !

    Comme chaque année, ceux qui contribuent à l'avenir de la communication digitale et papier étaient réunis le mercredi 20 mars dernier au Cap New Event Center de Paris pour la soirée organisée par Xplor France, présidée par Jean-Pierre Blanger (également directeur solutions, services et innovations chez Ricoh). Lors de cet événement, l'association et les 250 professionnels qu'elle représente ont décerné les Palmes Xplor 2019, qui valorisent l'innovation documentaire sur des thématiques technologiques, numériques, humaines et économiques. Le Palmarès 2019 en témoigne.

    Les Palmes ont été décernées dans trois catégories, avec un coup de coeur du jury :

    [...] Lire la suite de cet article sur Archimag.com
  • Catégories: A la une

    Du trop au faux. Chronique d'un premier avril 2019.

    Affordance (Olivier Ertzscheid) - lun, 04/01/2019 - 23:19

    Le président de la république affirmant qu'une vielle femme de 73 ans victime de plusieurs fractures et commotions cérébrales après une charge de CRS n'a "jamais été en contact avec les forces de l'ordre" alors même que les faits sont documentés dans plusieurs vidéos et témoignages. Ce n'est pas un poisson d'avril.

    Le préfet du Doubs qui indique qu'un homme frappé à la tête par un CRS s'apprêtait à relancer une grenade lacrymogène et qui devant les vidéos et témoignages accablants finit par se renier et est contraint de lancer une enquête de l'IGPN. Ce n'est pas un poisson d'avril

    La secrétaire d'état à l'égalité femmes hommes qui explique que si on veut faire parler d'un sujet politique il faut mettre Cyril Hanouna dedans et qui assume en indiquant qu'elle "trolle le système". Ce n'est pas un poisson d'avril

    Les conseillers du premier cercle d'Emmanuel Macron, Ismael Emelien en tête, qui font diffuser de fausses images de vidéo-surveillance dans le cadre de l'affaire Benalla. Ce n'est pas un poisson d'avril.

    Un syndicat de police qui porte plainte contre un directeur d'école parce qu'il a autorisé que des enfants de CE1 chantent une chanson d'Aldebert intitulée "comment louper l'école" et dont les paroles proposent - notamment - de prendre en otage sa petite soeur et de faire pipi sur un policier. Ce n'est pas un poisson d'avril.

    La vérité est ailleurs. Les blagues aussi d'ailleurs.

    Nous sommes le 1er avril, le jour des 50 nuances de Fake. Et la blague la plus drôle du premier avril est une vérité : celle qui consiste à rappeler que c'est le seul jour où les gens vérifient une info avant de la partager.

    Chacun en aura fait l'expérience à différents niveaux et sur différentes plateformes mais il est incontestable que ce jour de l'année plus que tout autre, nous activons une forme de "frein cognitif" (qué s'appelorio Quézac "réfléchir un peu") lorsqu'une information nous intéresse simplement ou qu'elle nous intrigue fortement, et ce avant de la partager.

    Ce réflexe de réflexion est issu d'un conditionnement : nous sommes culturellement conditionnés au fait qu'il y aura nécessairement des informations fausses qui circuleront intentionnellement dans des médias usuellement "de confiance" ou dans des cercles habituellement peu réputés pour être ceux de la blague carambar. Nous nous plaçons donc en situation de vigilance car nous cherchons à identifier une fausse information s'apparentant à une "vraie". Et cela fonctionne plutôt bien. Le reste relève du jeu et de différentes stratégies de ruses (et non pas de Russes). 

    Faux cacao. Faux faux faux chocolat.

    J'ai déjà expliqué que le métier de Facebook était de nous amener à interagir et à passer du temps sur des informations qui ont la double caractéristique de ne pas nous concerner et/ou de ne pas nous intéresser. Si nous y passons du temps et que nous interagissons avec des informations qui ne nous concernent ou ne nous intéressent pas, c'est par souci de conformité sociale, afin de participer d'un habitus de reconnaissance qui fonctionne un marqueur à la fois narcissique (individuellement) et englobant (collectivement). Et c'est aussi car les grammaires du pulsionnel et la biochimie du plaisir immédiat (libération de dopamine notamment) sont instrumentalisées par les ingénieries de la viralité. Et le "frein" cognitif que j'évoquais plus haut cède à une forme de relâchement elle-même corrélée au coût cognitif nul des boutons de partage et de rediffusion.

    Pour qui sont ces Fake News qui flottent sur nos fils d'infos ?

    A force d'entendre les lamentations sur la multiplication des Fake News et les projets Orwelliens de contrôle qui prétendent les rég(u)ler, à force, surtout, d'observer la cristallisation paradoxale d'une parole politique qui dénonce d'autant plus frontalement cette dérive de bobards qu'elle est prompte à s'en faire la tête de gondole (de Trump et sa version Trash Fake à Macron en mode Soft Fake), on se dit qu'il serait utile de parvenir à garder ce climat de vigilance informationnelle les 364 autres jours de l'année, et que devant l'enchaînement d'informations improbables ou délibérément trompeuses à chaque étage de l'échiquier politique et de la parole publique il devrait être vital de garder actif en permanence ce frein cognitif comme préalable au partage et à la rediffusion. 

    Mais naturellement cela est impossible. Car il est impossible de maintenir sur la durée un état de vigilance informationnelle, sauf à en faire son métier ou à s'y épuiser. 

    Si l'impact réel et causal des Fake News sur des résultats électoraux est très loin d'être démontré et s'il faut davantage parler de corrélation, les fausses informations sont en revanche le cheval de Troie idéal et circonstanciel d'un renouveau du mensonge politique. Issu d'une longue tradition républicaine, le climax du mensonge politique semble atteint avec l'affaire Cahuzac où un ministre du budget en exercice s'avère être un fraudeur fiscal après avoir, "les yeux dans les yeux", nié les faits devant toutes les représentations politiques (assemblée nationale) et médiatiques (presse, journaux, etc). Après Cahuzac, après également et dans un autre genre, les mensonges "connus" des frasques sexuelles d'un DSK ou de la double vie d'un Mitterand, il faut réinventer le mensonge en politique. Car presque paradoxalement, la vérité sera toujours et chaque jour plus prompte à éclater et les marques qu'elle laissera toujours plus vivaces et à chaque instant réactivables. Alors oui, la classe politique se doit de réinventer sa stratégie du mensonge. Le storytelling ne fera illusion qu'un temps. Et ce sont bien les Fake News qui vont être l'opportunité de ce renouveau. Puisqu'il devient extrêmement complexe de dissimuler et de mentir durablement et frontalement, les Fake News vont permettre d'installer une nouvelle strate de discours où rien ne sera entièrement vrai ou faux, où tout sera essentiellement relatif. 

    Quick'n Fake.

    Pas un sujet (vrai ou faux) sur lequel aujourd'hui on ne puisse trouver l'expression de tout et de son exact contraire. Pas une information pour laquelle on ne puisse pas, dans l'instant qui suit sa publication, disposer d'éléments permettant de documenter sa vérité ou sa fausseté avec une presqu'égale rigueur que nos propres biais idéologiques et politiques finiront par rendre totalement crédible à nos yeux.

    Dans le sillage de la prolifération des Fake News, les opérations de Fact-Checking ont également cru de manière proportionnelle et donc exponentielle. Dans le temps long, ce travail de sédimentation de la vérité s'avèrera certainement utile. Face aux contre-vérités il est important et essentiel que l'expression de vérités (scientifiques, historiques, sociétales ...) puisse être autre chose que la simple victime expiatoire de stratégies attentionnelles du plus offrant. Mais dans l'instant, la multiplication proportionnelle des Fake News et de leur Fact-Checking installe un hiatus permanent du réel. Ce point de distorsion dans lequel toutes les vérités sont simultanément possibles : le président de la république indique à des journalistes que Geneviève Legay n'a pas été poussée au sol par une charge de CRS mais témoignages et vidéos dans lesquelles on voit Geneviève Legay poussée au sol suite à une charge de CRS saturent l'espace médiatique restant. La vitesse dans tout cela joue un rôle absolument déterminant. Elle est une garantie d'équilibre persistant. La vitesse est la seule inertie. Quick'n Fake. 

    Si internet et le web ont inventé les lolcats, la réalité comme produit de la viralité est aujourd'hui aussi ambivalente que l'existence même du chat de Shrödinger. Un monde inverti où les médias sérieux s'étonnent de voir les plateformes mettre en avant des fausses informations qu'eux-mêmes ont intentionnellement publié pour le premier avril. Inception en mode "In-fake-tion". 

    Du trop au faux. De la surcharge à la dissonance cognitive.

    Il y a de cela quelques années on s'interrogeait beaucoup sur les questions de pollution et de surcharge informationnelle. Nos amis québecquois appelaient cela "l'infobésité". Le problème de l'époque était "juste" qu'il y avait "trop" d'information.

    Paweł Kuczyński "Klik"

    Cette époque pas si lointaine était celle des moteurs de recherche (Google essentiellement).  Du point de vue documentaire le souci de la "qualification" des sources revenait à comprendre comment faire en sorte (individuellement et collectivement) de choisir l'information la plus intéressante ou bien la source présentant une information de la manière la plus complète possible. Il y avait bien sûr déjà à l'époque de "fausses informations" mais la question du "faux informationnel" ne se posait pas. En tout cas pas explicitement et pas de manière "cruciale". Car la crainte était celle du trop et non celle du faux. Nous sortions, il est vrai, d'une économie des médias fondée sur la rareté, ou en tout cas d'une économie dans laquelle l'autorité morale et intellectuelle se jugeait explicitement à l'aune de la rareté des espaces d'expression autorisés pour une toute petite aristocratie de la publication.

    En prenant le temps de me replonger rapidement dans mes usages (et mes cours) de cette époque là, il est très frappant de voir à quel point en quelques années, les problématiques informationnelles ont muté du sujet de la quantité (trop d'informations) à celui de la qualité (vérité - fausseté). Et la concordance avec le passage de la dominance des moteurs de recherche aux réseaux sociaux, de Google à Facebook donc, est davantage qu'une coïncidence pour ne pas être explorée en tant que causalité possible. 

    L'information elle l'envisage.

    L'architecture technique de Google, celle également de son algorithmie fondatrice (le PageRank), est avant tout une architecture de la popularité, une popularité elle-même fondée sur la "citabilité" (possibilité de citer en établissant un lien hypertexte), une architecture qui - d'un point de vue systémique - peut "légitimement" récompenser le volume d'information collectée et rassemblée dans la mesure où ce souci d'exhaustivité fait écho à une requête initiale. Nous "demandons" quelque chose à un moteur de recherche, nous formulons une requête, et précisément car celui-ci ne peut ni ne veut structurellement être en responsabilité de dire le vrai, il doit à la fois nous donner le maximum de contenus et fonder leur hiérarchisation organique sur les mécanismes d'autoritativité que matérialisent les hyperliens. Si aucun moteur n'est exempt de responsabilité dans une fabrique de la stéréotypie, le modèle des moteurs de recherche et les externalités documentaire dont ils se nourrissent les tient relativement éloignés des questions de Fake News. Les tenaient relativement éloignés de ces questions. Jusqu'à ce que les Fake News ne deviennent des externalités documentaires dominantes (comme lorsqu'on demande à Google si l'Holocauste a vraiment existé) et que l'information ne devienne entièrement soluble dans l'économie de marché. 

    L'architecture technique de Facebook en revanche, est une architecture de la promiscuité, une architecture technique du faux, une architecture du "faire face" plutôt que du "faire lien". Dans Facebook, plutôt que de re-lier, il faut "ré-envisager". Au double sens du terme, car n'oublions pas que nous sommes dans "le livre des visages". Face. Book. Il n'y a pas de requête dans Facebook, juste un défilement. Dans ce défilement nous (nous) dé-visageons sans cesse (les uns) les autres. Et chaque fois que nous dévisageons quelqu'un dans les informations vraies ou fausses qu'il rediffuse ou publie, nous ré-envisageons le réel, le vrai, le véridique, le vraisemblable. A chaque fois. Des visages. Des figures. Dévisage. Défigure. La réalité n'est plus que figurative parce qu'essentiellement prétexte à notre propre figuration. La vérité n'a de valeur qu'en ce qu'elle nous permet de bien (y) figurer. Dans ce monde là, dans cette architecture technique là, tout est toujours en-visageable.

    Il y a des phrases qui ne vous quittent jamais.

    Voici l'une de celles qui m'accompagnent. Dans un entretien de 1974 sur la question du totalitarisme, Hannah Arendt écrivait ceci :

    "Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n'est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d'agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez faire ce qu'il vous plaît."

    Du mensonge à la violence. Il n'y a qu'un pas. Aujourd'hui hélas plus que jamais envisageable

    Catégories: A la une

    Réforme : dès 2022, chaque Français devra remettre ses archives mensuelles aux Archives départementales, via son employeur

    Archimag - lun, 04/01/2019 - 11:52
  • Chaque Français devra connaître les normes ISO relatives à l'archivage physique et numérique. Un permis d'archiver, que chaque citoyen passera à sa majorité, sera prochainement mis en place.[...] Lire la suite de cet article sur Archimag.com
  • Catégories: A la une

    #emploi 75 Spécialiste du traitement des métadonnées bibliographiques h/f

    Pôle Documentation - sam, 03/30/2019 - 17:51

    Le Centre international de l’ISSN recrute un(e) spécialiste du traitement des métadonnées bibliographiques (F/H).

    L’article #emploi 75 Spécialiste du traitement des métadonnées bibliographiques h/f est apparu en premier sur Pole Documentation.

    Catégories: A la une

    Jean Grimaldi d’Esdra : "Chacun devient un véritable écrivain professionnel"

    Archimag - ven, 03/29/2019 - 11:40
  • Jean Grimaldi d’Esdra est docteur en droit et dirige la société de conseil Formadi. Il est l’auteur de l’ouvrage "L’empire du mail" (Gereso Édition, 2017).


    [...] Lire la suite de cet article sur Archimag.com
  • Catégories: A la une

    Nombre de postes concours de conservateur

    Les arrêtés fixant le nombre de postes aux concours de conservateur d’État et externe spécial de conservateur titulaire d’un doctorat sont parus: Concours externe : 10 postes Concours interne : 3 postes Concours spécial : 2 postes
    Catégories: A la une

    #emploi 38 Gestionnaire de l’information et de la documentation h/f

    Pôle Documentation - mer, 03/27/2019 - 17:47

    Le/la GID travaillera au sein de l’Unité de recherche AE&CC (laboratoires CRAterre‐ENSAG et Cultures Constructives), sous la responsabilité du responsable scientifique et technique du Labex AE&CC.

    L’article #emploi 38 Gestionnaire de l’information et de la documentation h/f est apparu en premier sur Pole Documentation.

    Catégories: A la une

    #emploi 75 Chargé(e) de projets documentaires

    Pôle Documentation - mer, 03/27/2019 - 17:45

    Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens recrute pour son Pôle veille et gestion de l’information un professionnel de l’information (h/f) chargé de projets documentaires dans le cadre d’un remplacement de congé maternité.

    L’article #emploi 75 Chargé(e) de projets documentaires est apparu en premier sur Pole Documentation.

    Catégories: A la une

    Inscriptions concours ITRF

    Les arrêtés d’ouverture des concours ITRF sont parus au JORF 0073 du 27/03/2019. Inscriptions du 2 au 30 avril 2019.
    Catégories: A la une

    Le cloud n'est pas un jeu. A propos de Google Stadia.

    Affordance (Olivier Ertzscheid) - mar, 03/26/2019 - 18:44

    Google vient donc d'annoncer le lancement de Stadia, un service de jeu vidéo en streaming. Sans console.

    Sans. console.

    Les succès récents, notamment celui de Fortnite (et pourquoi il faut sérieusement s'y intéresser), attestent que les usages sont plus que prêts

    Sans disposer de boule de cristal, et que ce soit Stadia de Google qui emporte le marché ou bien un concurrent futur ou déjà existant (Microsoft est sur les rangs, et même Apple, historiquement constructeur, vient d'annoncer son arrivée sur le marché des contenus, et notamment des jeux vidéo en streaming et par abonnement), on peut parier sans risque qu'en moins d'une génération la possession d'une "console" familiale, résidente, de salon, paraître aussi saugrenue que l'est aujourd'hui celle de la possession d'un magnétoscope, d'un lecteur DVD ou d'une chaîne hifi avec un lecteur CD. 

    L'annonce quasi-simultanée des trois géants que sont Google, Microsoft et Apple ne laisse absolument aucun doute sur l'urgence de leurs ambitions et la manière dont ils entendent (re)modeler les usages. Même si chacun a, dans ce virage, ses propres intérêts stratégiques à court et moyen terme. Pour Google il s'agit essentiellement de continuer de monétiser son service phare Youtube (avec le succès des vidéos en streaming liées à l'activité du jeu en ligne), service et secteur de plus en plus attaqués et concurrencés (par Twitch / Amazon notamment). Pour Apple, il s'agit de préparer un virage à 180 degrés du côté des contenus. Et pour Microsoft, de continuer de jouer dans la cour des grands.  

    Nos usages professionnels, personnels, familiaux, intimes, migrent tous massivement dans le "cloud" et il était donc logique que le jeu vidéo suive le même chemin.

    Mais.

    Le jour où notre console aura disparue.

    Il y a presque exactement 14 ans, le 21 Avril 2005, je signais une tribune dans Le Monde titrée : "Le jour où notre disque dur aura disparu". L'idée était de questionner ce rapport à la dématérialisation de toutes nos pratiques culturelles. Extrait :

    "(Tous veulent) devenir le portail Web unique et universel. Pour cela, il faut que ces services soient autant de ponts entre trois espaces bien distincts : d'un côté le Web public, de l'autre le Web privé (courriels, forums, listes de diffusion...), enfin notre "monde informationnel personnel", enfoui dans les mémoires de nos ordinateurs.

    Ces trois espaces n'en forment déjà plus qu'un. Ils sont tous entrés dans la sphère marchande, bouleversant notre rapport intime à l'information, transformant aussi les relations que la planète connectée entretient avec la connaissance. (...) Qu'adviendrait-il si nous n'avions plus le choix ? Si les disques durs disparaissaient au profit d'espaces et de services d'information exclusivement "en ligne" ?"

    A l'occasion du lancement (en 2012) de Google Drive, j'exhumais un diaporama de l'entreprise datant de 2006 où était explicité le projet d'un stockage à 100% de l'ensemble des services et - donc - de nos pratiques : 

    "En nous rapprochant de la réalité d'un "stockage à 100%", la copie en ligne de vos données deviendra votre copie dorée et les copies sur vos machines locales feront davantage fonction de cache. L'une des implications importantes de ce changement est que nous devons rendre votre copie en ligne encore plus sûre que si elle était sur votre propre machine."

    En 2009, le navigateur Chrome devenait un OS, et en 2011 Google lançait sa gamme d'ordinateurs Chromebook. Des ordinateurs dont le petit disque dur ne servait plus qu'à accéder aux services dématérialisés de Google.

    En Septembre 2012 je proposais la notion "d'acopie", définie comme suit : 

    "L'acopie ce serait alors l'antonyme de la copie. Un terme désignant la mystification visant à abolir, au travers d'un transfert des opérations de stockage et d'hébergement liées à la dématérialisation d'un bien, la possibilité de la jouissance dudit bien et ce dans son caractère transmissible, en en abolissant toute possibilité d'utilisation ou de réutilisation réellement privative." 

    En 2013 j'expliquais pourquoi après que les "supports" ont changé désormais plusieurs fois par génération (ordinateurs, téléphones cellulaires, tablettes, liseuses, phablettes, etc.) la génération actuelle serait la première génération sans support. Une génération littéralement in-supportable. Et pourquoi nous lui devions de veiller à ce qu'elle ne soit pas sans mémoire(s).

    Et désormais en 2019 donc, la fin programmée des consoles de jeu. 

    Et donc ?

    "L'architecture", disait Plotin, "c'est ce qui reste de l'édifice, une fois la pierre ôtée". Ok. Mais que reste(ra)-t-il de nos pratiques culturelles une fois la matérialité ôtée, sinon cette architecture qui n'est que celle du modèle économique publicitaire, l'architecture des conditions de mise en oeuvre de son traçage au seul service de nos profilages ?

    La question n'est pas de se raccrocher à des matérialités que l'on sait condamnées en voulant réhabiliter la VHS, le CD, ou les consoles de jeux et leurs "cartouches". La question n'est pas non plus d'augurer en Cassandre des effondrements qui ne viendront pas, dans le secteur du livre notamment. Mais la question est celle des architectures culturelles que nous souhaitons défendre et préserver. Et cette question nous oblige à penser notre rapport à la matérialité et à la dématérialisation non pas seulement en termes d'accès mais aussi de transmission, de partage, d'appropriation et "d'adressage".

    Ne nous trompons pas d'horizon. Il ne s'agit pas que "d'héritage". Je ne suis pas particulièrement attaché à la transmission de jeux vidéo sur Wii ou PS4 à mes enfants. Et je pense surtout qu'eux-mêmes n'en auront pas grand-chose à faire. Comme ils n'auront probablement pas grand chose à faire de la plupart des livres, CD, et K7 que je leur laisserai. Le rituel de transmission de matérialités davantage chargées en encombrement qu'en émotion n'est pas un enjeu si on le considère isolément ou à l'échelle d'individus seuls.

    A l'échelle familiale, la question prend déjà un autre sens quand on se demande si nous serons encore en mesure non pas simplement d'évoquer mais de "documenter" notre histoire culturelle familiale inter-générationnelle ? 

    Mais socialement et collectivement, il semble vital que nous puissions demeurer en capacité de faire l'histoire de nos pratiques culturelles. Et à ce titre il faut saluer l'immense travail fourni par un certain nombre de structures, dont Internet Archive qui, par exemple à l'échelle des jeux vidéo, propose un archivage et des solutions d'émulation pour vivre et faire revivre ces formes d'expression culturelles. Sans publicité :-). Rappelons-le, l'Internet Archive est une fondation, et pas un service public.  

    C'est donc de la possibilité même de faire cette histoire que les architectures techniques publicitaires pourraient, à terme, nous priver à leur seul bénéfice. Il est dommage et d'une certaine manière inquiétant que ne restent de nos pratiques culturelles que l'empreinte publicitaire et attentionnelle de nos comportements. Et qu'elle soit à la seule et unique disposition des plateformes qui la collectent et la scrutent. 

    L'adressage plutôt que l'héritage.

    Toute matérialité ne vaut pas d'être transmise, mais seule la matérialité dispose aujourd'hui de formes transmissibles non-marchandes. Et c'est peut-être cela qu'il faut interroger : le caractère aujourd'hui quasi-exclusivement marchand d'un immatériel culturel qui reste, pour l'essentiel, intransmissible. 

    Ce qui est transmissible doit être adressable. Localisable. Or pour l'essentiel de l'immatérialité culturelle dans laquelle nous évoluons, plus rien n'est précisément et spécifiquement adressable. Les "adresses", les URL disparaissent. Et avec elles la possibilité "d'adresser" et donc, de "s'adresser à". Je n'achète pas la série "Machin Chose" mais j'achète un abonnement Netflix. Je n'achète ni n'adresse le dernier album de mon groupe préféré mais j'accède à la seule adresse de Youtube de leur chaîne. Et ainsi de suite.

    Je n'adresse pas, je n'adresse plus ma consommation culturelle sur une oeuvre mais sur un catalogue d'oeuvres. Des oeuvres dont aucune n'est "détachable" en dehors de l'adresse du catalogue lui-même. Or comme le rappelait Simondon dans son ouvrage sur la technique : "un objet technique est produit quand il est détachable (...)". Et comme je l'avais expliqué à de nombreuses reprises, ici ou notamment :

    "les grandes plateformes se caractérisent aujourd'hui précisément par le fait que non seulement nous avons de plus en plus de mal à nous en détacher, mais surtout par le fait qu'elles comportent de moins en moins d'éléments "détachables"."

    Un artefact culturel, une "oeuvre" comme unité intellectuelle, se doit d'être également détachable. Les bibliothèques le savent bien lorsqu'elles travaillent sur "l'exemplarisation" : pour pouvoir circuler, une oeuvre, un document doit s'inscrire dans une perspective holistique qui est celle des "collections" de la bibliothèque, mais il ne peut y avoir d'appropriation sans l'exemplarisation qui permet à chacun de la faire sienne, le temps d'un emprunt. Si plus rien n'est "détachable", si plus aucune oeuvre n'est "adressable" en dehors des étagères infinies d'une architecture d'accès dont la finalité n'est que celle d'un traçage publicitaire comportemental, si plus rien n'est empruntable en dehors d'une empreinte publicitaire, alors nous aurons perdu sur un sujet absolument essentiel : celui de la confidentialité de l'acte de lecture / visionnage, de la confidentialité de nos pratiques culturelles. Et autant le dire clairement, il est presque déjà trop tard. Or cette confidentialité est une condition première de la démocratie. Si l'on fusionne ou si l'on conditionne l'emprunt à l'empreinte, et si cette empreinte n'est plus collectée que par des sociétés privées dans le cadre d'une logique publicitaire on sort d'une logique de circulation (et de diversité) culturelle pour entrer dans un monde où chaque choix est d'abord une soumission aux rentes attentionnelles qui l'autorisent. La polémique autour du dernier épisode "interactif" Bandersnatch de la série Black Mirror sur Netflix en a fourni un magnifique exemple.     

    D'où l'importance de la notion d'adresse et d'adressage. Car "adresser" c'est être en capacité de "détacher", de prendre isolément, et donc de commencer un authentique travail d'appropriation, seule condition d'une future possibilité de partage qui soit autre chose qu'une simple et triviale rediffusion.

    Ce qui n'est pas détachable ne peut pas être transmis. Ce qui n'est pas détachable rend impossible une forme de détachement culturel nécessaire à la circulation des oeuvres et des idées. 

    Sortir un livre d'un rayonnage c'est l'en détacher. Sortir un livre (ou un CD, ou un jeu, ou un DVD ...) c'est le prendre. Et cette possibilité de prise est la première garantie contre toute emprise. De la même manière que la sur-présence du "terminal" (qu'il soit ordinateur, tablette ou smartphone) rend, par nature, la consommation culturelle in-terminable.

    Au regard de l'ensemble de nos pratiques culturelles existantes, familiales ou professionnelles, publiques ou privées, les plus triviales ou les plus intellectualisées, posons-nous cette question simple : que sommes-nous encore en capacité de réellement détacher ? Et pour l'ensemble de ce qui demeure indétachable, à qui pouvons-nous nous adresser pour réclamer ce droit au détachement ? 

    Addendum.

    Au moment de clôturer cet article, je suis tombé sur cette image, qui est peut-être un peu plus qu'une anecdote rigolote. Et que je peux partager avec vous parce qu'elle est, justement, détachable de la plateforme où elle est apparue. 

    Catégories: A la une

    C'est la semaine européenne de l'argent. Invite un banquier dans ta classe.

    Affordance (Olivier Ertzscheid) - mar, 03/26/2019 - 09:49

    Non mais je vous jure que c'est authentique. Alors bien sûr en ce moment au regard des motifs d'indignation accumulés ce qui s'apparente au premier prix de la pire saloperie des actions de communication risque malheureusement de passer crème. Ce qui serait tout de même navrant. 

    Je me permets donc de vous inciter à relire ce que j'écrivais l'année dernière à ce sujet : "Invite un banquier dans ta classe. Et fais sécher son corps dans ton grenier."

    Pour vous donner envie (de le lire), cela se terminait par ces mots : 

    "Je m'en voudrais de conclure sans citer les mots, si justes, de ce courageux directeur d'école qui s'est prêté au jeu du témoignage dans la vidéo de 5 minutes qui voit se succéder d'hallucinants moments où les enfants apprennent à maîtriser des notions essentielles à 8 ans : crédit, taux d'intérêt, achat impulsif (coup de coeur) contre achat raisonné. Des notions vraiment fondamentales et essentielles. 

    Que dit ce courageux directeur d'école ? Ceci :

    "Faire venir un banquier dans une école, en France, où l'argent est tabou, c'est un petit peu incongru. Mais finalement une fois que l'objectif avait été annoncé, il était évident que nous qui formons de futurs citoyens, c'était un incontournable, à l'école primaire."

    Incontournable en effet. Et des notions essentielles. Achat raisonné. Achat impulsif. Taux d'intérêt. Crédit. A partir de 8 ans. En CM1. 

    Le mois prochain, dans le cadre de la semaine nationale des armes à feu et de l'alcool, je vous parlerai de l'opération "invite un chasseur dans ta classe".  

    La dernière fois que mes enfants étaient scolarisés en CM1 et en CM2 (le dernier c'était il y a à peine un an), les fédérations de parents d'élèves se battaient avec la région, la mairie et le département pour que les intervenants qui venaient faire de l'initiation et de la découverte musicale puissent être payés décemment et que leurs interventions soient reconduites. Mais c'est vrai qu'on n'avait pas de "semaine de la musique et des arts", c'est vrai aussi qu'on n'avait pas le soutien des banques, et c'est vrai que l'éveil artistique est, à l'école primaire et élémentaire, un enjeu moindre que celui de former de futurs et loyaux clients."

    Catégories: A la une

    Quiétude Emmanuel Macron ?

    Affordance (Olivier Ertzscheid) - lun, 03/25/2019 - 20:09

    Quiétude Emmanuel Macron ? 

    Mais surtout, qui es-tu Emmanuel Macron ? Qui es-tu pour souhaiter la "quiétude" à la famille d'une femme de 73 ans violemment percutée par "les forces de l'ordre" et qui souffre aujourd'hui de plusieurs fractures au crâne sans que les médecins soient capables d'évaluer les séquelles à venir et après que son pronostic vital ait, un temps, été engagé ?

    Oui vraiment qui es-tu Emmanuel Macron ? Qui es-tu pour après plus de dix-neuf semaines de conflit, oser rajouter "mais pour avoir la quiétude il faut avoir un comportement responsable" ? L'irresponsabilité de cette femme de 73 ans, militante convaincue et essentiellement armée de convictions et d'un drapeau arc-en-ciel où était écrit "paix", son irresponsabilité fut donc de se trouver sur le lieu d'une manifestation non-déclarée ? Cela légitime-t-il quelque charge que ce soit ? De quelque force de "maintien de l'ordre" ? Contre une femme isolée de 73 ans ? Qui se trouvait de dos au moment de la charge ? 

    Oui, vraiment qui es-tu Emmanuel Macron ? Qui es-tu, après lui avoir souhaité "un prompt rétablissement", pour oser rajouter, "et peut-être une forme de sagesse ?" Quelle ahurissante forme de mépris. Qui es-tu pour user d'une litote revenant à traiter cette femme de folle ? 

    Qui es-tu Emmanuel Macron ? Comment peut-on oser à propos d'une femme qui vient d'être victime d'une charge de troupes supposées garantir le maintien de l'ordre, comment peut-on oser renverser la charge de la culpabilité sur celle qui est d'abord et avant tout victime en affirmant : "Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci". Mais Emmanuel Macron, quand on est fragile et qu'on peut se faire bousculer et que l'on se trouve, sans autre violence que celle de sa présence, dans un lieu que tu déclares interdit au nom du maintien de la répression plus qu'en celui de l'ordre, la république nous doit assistance et elle n'est pas supposée nous balancer la tête en avant contre un plot au risque de nous tuer. A 73 ans. 

    Quelle sera la prochaine excuse Emmanuel Macron ? Quelle sera la prochaine menace ? Quel sera le prochain élément de langage Orwellien pour justifier l'injustifiable ? La guerre c'est la paix ? Manifester est un droit de rester chez soi ? 

    La grand mère et l'enfant.

    La grand-mère et l'enfant n'ont plus aucune quiétude Emmanuel Macron. La grand-mère c'est elle, Geneviève Legay, 73 ans, altermondialiste, fractures multiples au crâne. Et l'enfant c'est lui, Lilian Lepage, mâchoire fracassée le 12 Janvier par un tir de LBD 40 alors qu'il s'achetait des fringues, en marge d'une manifestation à laquelle il ne participait ni de près ni de loin. Lui aussi était fragile, lui aussi pouvait se faire bousculer, lui aussi avait un comportement responsable. Pour lui non plus la quiétude ne sera pas simple à retrouver. 

    La "quiétude", Emmanuel Macron, c'est "une tranquilité profonde, de l'âme, de l'esprit, du coeur". La "quiétude", Emmanuel Macron, c'est ce qui "offre une impression de calme, de tranquillité, absence d'agitation, de mouvement, de trouble." C'est cela la quiétude. C'est la quiétude de Geneviève Legay, 73 ans, et de son drapeau pour la paix, qui était calme et tranquille, sans agitation, sans mouvement, sans trouble. C'est la quiétude de Lilian Lepage, quinze ans, qui s'achetait des fringues, qui était calme et tranquille, sans agitation, sans mouvement, sans trouble. 

    Laissez les mots pour ce qu'ils sont. Geneviève Legay et Lilian Lepage n'ont causé aucun trouble. Eux et leurs familles n'ont que faire de votre quiétude. Et les autres, l'immensité des autres, n'ont qu'une immense inquiétude. Geneviève Legay était le cinq cent cinquante neuvième signalement du journaliste David Dufresne.

    Alors pour elle et pour les cinq cent cinquante huit précédents, Monsieur le Président, je vous souhaite de vous torcher le cul avec votre quiétude, vos insinuations et vos insultes à l'encontre de la famille d'une femme de 73 ans qui a manqué de perdre la vie et est toujours dans un état grave. Et je souhaite que cette activité torcheculatoire vous laisse les stigmates d'une profonde irritation et d'un inconfort persistant. 

    Vous êtes tellement sidérant de mépris calculé qu'aux inquiétudes martelées vous ne parvenez plus qu'à opposer le lexique d'une "quiétude" surannée. Vous n'êtes plus que la caricature du mépris de classe. 

    David Dufresne, vigie républicaine qui lie nos inquiétudes et leur donne audience face aux quiétudes médiatiques, David Dufresne rappelle ces mots terribles de Robert Pandraud après la mort tragique de Malik Oussekine en 1986. Il avait dit, "Si j'avais un fils sous dialyse, je l'empêcherais de faire le con dans la nuit."  

    La mort de Malik Oussekine marqua un tournant dans la doctrine française du maintien de l'ordre. Trente ans, 19 semaines et près de 600 signalements plus tard, quand une femme de 73 ans manque de perdre la vie suite à une charge visant à disperser une manifestation, vous expliquez que "quand on est fragile, on ne se met pas dans des situations comme celle-ci". 

    Vous vous vouliez l'élève de Paul Ricoeur, vous n'êtes que l'héritier de Robert Pandraud. Voilà votre mesure. Ce portrait de vous-même, que vous vouliez en majesté, vous ne parvenez à l'incarner qu'en vanité. 

    "Quand on est fragile, on ne se met pas dans des situations comme celle-ci". C'est l'ensemble des fragilités additionnées de ses citoyens qui est la seule force d'une démocratie. C'est de la préservation de l'ensemble de ces fragilités additionnées dont vous êtes comptable par mandat électif.  

    Voilà plus de 19 semaines et 560 victimes que l'on tente de vous le rappeler. En vain.

    (Dessin de Loïc Sécheresse)

    <Mise à jour du lendemain> Allez donc lire aussi le texte de Christine Jeanney, si juste dans la colère.  "un monde où celle qui porte le drapeaux de la paix se retrouve avec le crâne fracturé, ça devrait nous faire réfléchir : où est la guerre, et qui la porte." </Mise à jour>

    Catégories: A la une

    Jeudi 28 Mars : Sauve ta BU !!

    Affordance (Olivier Ertzscheid) - ven, 03/22/2019 - 09:17

    Je vous ai parlé l'autre jour de la situation absolument ahurissante qui conduit une grande université, celle de Nantes, à baisser de 20% le budget de ses bibliothèques universitaires.

    Je vous ai expliqué pourquoi cela - au milieu de plein d'autres choses - me collait dans une rogne noire, et faisait partie des points sur lesquels il me semble absolument impossible de lâcher l'affaire ou d'adopter une posture de résignation qui tend déjà bien trop souvent à devenir la norme depuis la gabegie humaine et financière de la supposée "autonomie" des universités. Bref. Tout est expliqué ici :

    "Nantes : bibliothèque amputée, université condamnée ?"

    Et je vous avais aussi promis de vous donner des nouvelles le 21 Mars. Nous sommes le 22 Mars. 

    Les syndicats de l'université ont publié hier un communiqué commun qui reprend les éléments chiffrés déjà diffusés par le service commun de documentation de l'université en les détaillant un peu et en les complétant par des éléments de ressources humaines (comprenez : des suppressions de poste). C'est littéralement effarant. Pour la documentation elle-même :  de 15 000 à 8 000 volumes. Moins 50% de baisse pour les ouvrages. Dingue.  

    Alors parce qu'il faut toujours tenir ses promesses, je vous annonce officiellement que l'opération #SauveTaBU est lancée. Notez bien. Nous nous retrouverons le jeudi 28 Mars 2019.

    Le Jeudi 28 Mars à 12h15 ?

    Oui. Le Jeudi 28 Mars à 12h15 que l'ensemble des collègues qui se sentent directement concernés par cette baisse de budget, enseignants et chercheurs, accompagnés s'ils le souhaitent d'étudiants et de personnels techniques et administratifs, se présentent, seuls ou en groupes, devant leur bibliothèque, à Nantes, à La Roche sur Yon et à Saint-Nazaire.

    Le Jeudi 28 Mars à 12h15 que chaque enseignant-chercheur de l'université de Nantes aille prendre dans sa propre bibliothèque personnelle, un ou plusieurs ouvrages, impérativement récents et de nature scientifique ou en lien direct avec les filières d'étude du site (on n'est pas là pour se débarrasser de nos vieilleries, le BU ont autre chose à faire ...) et aille les donner à sa bibliothèque universitaire pour compenser ces 20% de guillotine budgétaire.

    Le Jeudi 28 Mars à 12h15 que chacun poste un max de photos de ce don sous le hashtag #SauveTaBU sur Twitter, Facebook ou tout autre réseau social à sa convenance.

    Et pour les collègues ou étudiants qui voudraient soutenir le mouvement sans pouvoir donner de livres, entrez dans vos BU et prenez-vous simplement en photo avec un livre et postez tout ça avec la hashtag #SauveTaBU.

    Naturellement il n'est pas interdit d'envisager de prendre contact avec différents organes de presse pour relayer cette action.  

    J'espère que nous serons nombreux. 

    Catégories: A la une

    Inscriptions au concours de conservateur ou conservatrice territorial

    Les inscriptions au concours de conservateur ou conservatrice territorial des bibliothèques sont ouvertes depuis lundi et jusqu’au 12 avril 2019 (dépôt des dossiers jusqu’au 19 avril). Toutes les infos, annales, bonnes copies, rapports de jury sur le site du CNFPT. … Lire la suite →
    Catégories: A la une

    Pourquoi regarde-t-on la vidéo d'un homme qui en massacre d'autres ?

    Affordance (Olivier Ertzscheid) - lun, 03/18/2019 - 22:56

    La vidéo du massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande s'est produite le 15 mars. Elle était encore en ligne le 16 mars au matin à 8h30 sur Twitter. Le lendemain de l'attentat. Elle était même la première qui ressortait lorsque l'on cliquait sur le hashtag #Christchurch dans l'onglet vidéo. 

    Facebook de son côté avait, au moins en surface, effectué un premier travail d'invisibilisation, d'obfuscation de la vidéo du massacre. 

    Le gouvernement britannique a demandé aux réseaux sociaux mais également à des journaux (The Mirror, MailOnline) de ne pas participer à la rediffusion de cette vidéo.

    De la vidéo originelle de 17 minutes et de ses innombrables répliques et extraits, Facebook indique avoir retiré 1,5 millions de ces duplications et bloqué 1,2 millions de téléchargements dans les 24h qui ont suivi l'attentat. 

    Nul bien sûr n'est censé ignorer la loi. Et comme le rappelle opportunément Numérama : 

    "L’article 222-33-3 du code pénal expose ainsi que «  le fait de diffuser l’enregistrement de telles images est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende ». Et par de « telles images », la loi entend notamment actes de barbarie et violence. Seules exceptions prévues : les journalistes dans le cadre de leur travail d’information et les professionnels du droit lors d’une affaire passant devant les tribunaux. Potentiellement, d’autres textes peuvent être mobilisés. C’est le cas de l’article 227-24 du code pénal, qui pénalise la diffusion d’un message violent, incitant au terrorisme ou portant atteinte à la dignité humaine, entre autres, quand il est susceptible d’être vu par un mineur. Et les réseaux sociaux, justement, sont largement fréquentés par des utilisateurs qui ont moins de 18 ans. Dans ce cas, la peine est de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende."

    Encore faudrait-il que "la loi" dispose des moyens permettant de la faire appliquer et que l'on trouve une solution (et des moyens donc) pour désengorger les tribunaux.

    Ce soir (lundi 18 Mars), l'émission Quotidien de Yann Barthès, jouant de sa puissance d'audience et de prescription, dénonce carrément la "culpabilité" de Facebook et interpelle directement Laurent Solly, sur Facebook puisque, je cite, "pendant 17 minutes une société américaine autorise la diffusion en direct du massacre de 50 innocents".

    (Note pour moi-même : le plus navrant est que je peux déjà vous dire que Laurent Solly sera, bien sûr, dans Quotidien, probablement cette semaine, et surtout que l'on sait très exactement ce qu'il va expliquer : primo "bien sûr que nous sommes navrés", deuxio "vous vous rendez compte du volume de contenus qu'il faut modérer en temps réel ?", tertio "mais nous avons recruté plein plein plein de modérateurs pour faire face à ce genre de situations et aussi on a remis de l'intelligence artificielle parce que c'est cool", quarto "mais nous - et pas twitter - nous avons supprimé la vidé et le compte du terroriste" et quinto : "non mais après si on supprime avant on va nous accuser de censure car après tout nous ne sommes pas éditeurs mais hébergeurs et l'obligation légale que nous respectons est de supprimer des contenus problématiques une fois qu'on nous les a signalés, ce qu'on a fait suite au signalement de la police néo-zélandaise" Merci Laurent Solly pour ce bullshit bingo et à bientôt).

    J'aurais pu ne pas regarder cette vidéo.

    Décider de ne pas la voir. Cliquer ou ne pas cliquer. Lancer le visionnage ou ne pas le lancer. Pourquoi ai-je cliqué ? Pour une raison principale. J'ai trois enfants. Deux au lycée et un au collège. Présents sur internet via leur smartphones pour les deux plus âgés et via la tablette "familiale" (et essentiellement Snapchat) pour le plus jeune. J'ai voulu voir ce qu'ils risquaient de voir pour être en capacité d'en parler avec eux. Et j'ai vu. 

    J'ai vu la vidéo du massacre de Christchurch. J'ai vu est une scène filmée en mode FPS ("First Person Shooter"). Je n'ai pas vu la vidéo de 17 minutes mais l'une de ses répliques, d'un peu plus d'une minute. On y voit le tireur entrer dans la mosquée, assassiner froidement et arrêter son "live vidéo" depuis ce que l'on identifie comme l'interface d'un iPhone. On ne voit pas de sang, on ne voit presque pas de visages car ce genre d'assassin tire surtout sur des gens qui s'enfuient. On voit des gens qui tombent. On voit des gens au sol. Probablement encore vivants. Et sur lesquels s'abat une pluie de balles. La violence "explicite" des images de cette vidéo est paradoxalement très en deçà d'une quelconque scène de jeu vidéo ou de film. Elle n'en est pas moins terrifiante, glaçante. 

    Sur une autre vidéo d'une vingtaine de seconde, peut-être la seconde mosquée, également accessible sur Twitter, des corps sont agglutinés au sol, probablement déjà morts, ou peut-être faisant semblant de l'être pour échapper à cette folie meurtrière. Et là aussi on voit le tireur leur tirer dessus. Encore et encore.  

    Aurais-je regardé cette vidéo si je n'avais pas eu peur que mes enfants la voient et d'être incapable d'en parler avec eux ?

    Probablement. Très probablement. Conjugaison d'une pulsion et d'un biais. Pulsion scopique qui fait que nous collerons toujours notre oeil sur la serrure si nous entendons du bruit derrière. Et biais de disponibilité qui nous amènera à cliquer même sur ce que nous ne voulons pas voir, simplement parce que nous savons que cela est disponible au regard. Et parce que tout le monde en parle. Et que l'on infère donc que possiblement tant d'autres que nous l'ont déjà vue ou la verront. Un autre biais se présente alors : celui dit de conformité, sociale. Et là s'engage alors la viralité. Celle qui fait que ces rediffusions - davantage que des partages supposant réflexion et appropriation - ces rediffusions disent que nous vivons le même présent, que nous sommes une périphérie sociale qui aspire au centre. Et que le centre, celui de l'attention, n'est occupé que par l'espace de ce massacre et de cette vidéo. Live. Quoi de plus paradoxal que de parler de "Live" pour le film d'un massacre ? 

    Et ces rediffusions sont à leur tour servies par de redoutables ingénieries de la viralité au travers de ces boutons dits de "partage" et qui ne sont qu'une forme molle d'acquiescement, à coût cognitif nul quand on les observe à l'échelle individuelle, mais dont le coût médiatique, normatif et sociétal s'avère exorbitant à l'échelle collective dans cette sorte de monde inverti et paroxystique qui se déploie entre les murs des plateformes.   

    Il y a trois choses frappantes dans cette vidéo.

    Il y a trois choses frappantes dans cette vidéo. Au-delà bien sûr des images elles-mêmes. Sa capacité à être vue. Sa capacité à être partagée. Et sa capacité à être dupliquée pour être, de nouveau, vue et partagée.

    Sa capacité à être vue renvoie essentiellement à nos propres pulsions et à la multiplication des canaux et médias de diffusion dont on ne saurait se désoler au regard des formes d'émancipation qu'ils permettent également et simultanément. 

    Sa capacité à être partagée et dupliquée renvoie plus fondamentalement à une dimension "technique" ou à tout le moins artefactuelle, servie autant que desservie par les grandes architectures techniques (toxiques) des plateformes. 

    On pourrait bien sûr pointer l'inefficacité des plateformes en général et de Twitter en particulier pour bloquer efficacement ce genre de vidéos. On pourrait même, comme vient de le faire l'émission Quotidien en interpellant directement, et sur Facebook, Laurent Solly de DG France, parler de la "culpabilité" de Facebook. On pourrait expliquer à quel point ce blocage est techniquement complexe car même si chaque vidéo mise en ligne peut faire l'objet d'une sorte de marquage, de tatouage indélébile permettant de la suivre et de la supprimer, elle et ses clones, la temps de la viralité est aussi fulgurant que semble infinie la longue traîne de celles et ceux qui ont intérêt ou curiosité à la diffuser ou à la voir.

    Et une fois cela constaté on pourrait aussi rappeler, quand même, que lorsqu'il s'agit de supprimer par exemple la Une de Charlie Hebdo représentant le prophète Mahomet, Facebook est capable de le faire instantanément à l'échelle d'un pays (la Turquie) dès lors que ce pays subordonne cette invisibilisation radicale et univoque au maintien sur le marché de la plateforme hôte. On pourrait rappeler, simplement, que la raison du marché est toujours la plus forte. 

    Alors oui, on pourrait s'étonner de cette différence de traitement. On pourrait s'en étonner, et tout de suite se souvenir qu'elle est aussi un marqueur de la ligne séparant régimes démocratiques et autoritaires. Et accepter donc cette crise de la (re)présentation pour ce qu'elle est : l'inaptitude (technique) à traiter d'une intentionnalité (non-technique). 

    La fonction l'intention crée l'organe (de diffusion).

    Ce qui fait la violence de cette vidéo ce ne sont pas tant les images, bien sûr insoutenables mais "en représentation" bien moins violentes que celles d'un jeu vidéo ou d'un film. Ce qui fait la violence de cette vidéo, et l'insupportable de ses rediffusions, c'est l'intentionnalité qui préside à ces images. Non pas simplement tuer lâchement mais vouloir montrer que l'on tue des enfants s'enfuyant, que l'on leur tire dans le dos au nom de cet immondice pseudo-conceptuel du "grand remplacement" que l'on appelle "théorie" par abus de langage autant que par défaut de vigilance intellectuelle.

    C'est l'intentionnalité qui seule compte. C'est en tout cas elle qui prime. C'est en fonction de cette intentionnalité seule que notre sens moral s'indigne ou s'émeut. Car ces tentatives d'obfuscation sont légion et chaque fois différentes. Si une plateforme échoue à masquer la vidéo d'un homme qui se filme en train de massacrer des innocents on trouve cela condamnable. Mais si une plateforme masque la vidéo du massacre d'un peuple par son régime, on trouvera cela également condamnable mais pour des raisons morales tout à fait antagonistes. Souvenez-vous, souvenons-nous des enfants d'Assad.

    La passoire, la chambre à air et la tasse à café.

    Le grand tamis de la modération (un peu) humaine et (beaucoup) algorithmique, celui qui parfois laisse passer et parfois bloque inutilement, doit être vu à l'échelle d'une science particulière que l'on appelle la topologie. La topologie c'est cette science mathématique dans laquelle "une tasse à café est identique à une chambre à air, car toutes deux sont des surfaces avec un trou". 

    Nous nous représentons souvent la modération soit comme une passoire (si elle est algorithmique), soit comme une écumoire (si elle est humaine et manuelle), soit comme la conjonction des deux. Et nous sommes donc résignés à nous désoler de l'incapacité de certaines passoires (trop larges) à contenir certains contenus (trop fins), ou à nous alarmer de l'impossibilité de modérer "à la main" à l'aide d'écumoires circonstancielles, d'inextinguibles torrents de contenus. Or s'il semble en effet si délicat voir impossible de "modérer" intelligemment et "moralement" des contenus sans hurler à la censure ou à l'arbitraire total, c'est parce que la réalité de la circulation des contenus et les logiques virales qui les accompagnent relèvent davantage de la topologie que de la simple métaphore culinaire. Et en topologie, je le redis, "une tasse à café est identique à une chambre à air, car toutes deux sont des surfaces avec un trou.

    Une surface sociale et un trou noir informationnel.

    La surface, c'est celle de l'architecture technique, à mon sens intrinsèquement toxique dans les proximités possibles qu'elle instancie systématiquement comme autant de promiscuités imposées. Et le trou désigne l'insupportable vacuité qu'il faut à tout prix combler à l'aide d'une immensité de contenus dont il faut à la fois susciter ou provoquer la production et accélérer la circulation et la rediffusion. Dès lors, et dans ce qui est une dynamique bien davantage qu'une logique de modération, le seul dilemme auquel font face les plateformes est celui de la tasse à café et de la chambre à air.

    Tasse à café. Soit elles reconfigurent l'ensemble de leur architecture technique pour opérer en mode "tasse à café", c'est à dire à la fois symboliquement et structurellement autour de logiques groupales réduites, à très faible réactivité dans la diffusion et à très grand contrôle dans la hiérarchisation des contenus en circulation. 

    Chambre à air. Soit elles optent pour une logique de "chambre à air" où la périphérie des "partageants" se gonfle à proportion de l'élargissement du périmètre laissé libre pour que s'y déverse une volumétrie de contenus par essence incontrôlables. Plus la volumétrie des contenus "engageants" augmente, plus la taille de la chambre à air augmente également, et la périphérie sociale agglutinée augmente à l'unisson.

    C'est jusqu'ici ce modèle et cette architecture technique qu'à retenu et validé Facebook. Et c'est aujourd'hui davantage vers le modèle de la "tasse à café" que l'entreprise dit vouloir se recentrer (je n'y crois pas une seconde mais là n'est pas le sujet), constatant à la fois un optimum de croissance atteint et devant - surtout - faire face à différents scandales qui rappellent que la taille ... compte. D'où ces annonces enchaînées depuis celle de l'algorithme des pauvres gens, pour renforcer par exemple, la prééminence des groupes et des interrelations hyper-locales. 

    Dans un cas comme dans l'autre, tasse à café ou chambre à air, et comme le rappelait l'ancienne co-fondatrice de FlickR :  

    "Ce que vous tolérez indique ce que vous êtes vraiment". Donc si votre code tolère le sexisme, vous êtes une plateforme sexiste. Si votre code tolère les suprémacistes blancs, vous êtes une plateforme qui soutient le suprémacisme blanc." 

    Et si votre plateforme tolère la possibilité qu'un homme se filme pendant 17 minutes en "live" en train d'assassiner froidement à l'arme lourde des hommes et des enfants, qu'êtes-vous vraiment ? C'est d'abord à cette question que doit répondre Facebook. A cette question et à celle-là avant tout. Mais cette question, se la posent-ils seulement ? 

    Et pour y répondre honnêtement, la plateforme n'a pas d'autre choix que d'accepter de ré-envisager une autre question déjà ancienne et de nombreuses fois traitée ici qui est celle de la transparence des processus s'apparentant à des logiques d'éditorialisation classiques. Je l'écris et le réclame depuis plus de 4 ans et demi (et je ne suis heureusement pas le seul) : 

    "Il est vain de réclamer la dissolution de Google ou d’un autre acteur majeur comme il est vain d’espérer un jour voir ces acteurs "ouvrir" complètement leurs algorithmes. Mais il devient essentiel d’inscrire enfin clairement, dans l’agenda politique, la question du rendu public de fonctionnements algorithmiques directement assimilables à des formes classiques d’éditorialisation."

    Sauf qu'il y a 4 ans et demi, Trump n'avait pas été élu, le Brexit n'était pas voté et le scandale Cambridge Analytica n'existait pas. Alors aujourd'hui la question se pose différemment : soit il faut, et dans des délais très courts, rendre clairement et totalement publics ces fonctionnements algorithmiques directement assimilables à des formes classiques d'éditorialisation, soit il faut en effet démanteler ces sociétés comme le proposait il y a moins d'une semaine Elisabeth Warren, candidate en course pour la primaire démocrate aux USA. Ou les nationaliser. Ben oui. Non pas les nationaliser pour les faire passer sous contrôle de l'état (surtout en ce moment ...) mais les nationaliser pour leur permettre d'être réinvesties d'une dimension authentiquement et sincèrement publique dans la mesure où, de manière désormais tout à fait claire et évidente, elles pèsent sur l'agenda public et sur les politiques idoines. 

    Voilà pourquoi il faut aussi questionner la nature même de ces architectures techniques toxiques. Celles des plateformes mais également celles des "médias" qui prétendent traiter une épidémie en exposant un maximum de gens aux sources de la contagion. Comme le signalait déjà Zeynep Tufekci à l'occasion d'une énième tuerie de masse aux USA

    "Media: the next potential mass shooter is watching the current media coverage intently. Right now. Your coverage is a factor in this crisis."

    La modération à l'épreuve des balles et des faits.

    La question de la modération, celle du rendu public de logiques algorithmiques "éditoriales", celle des architectures techniques toxiques, ces questions ne sont pas adressées simplement aux dirigeants des plateformes ou aux femmes et hommes politiques, mais aussi à nous-mêmes, simplement citoyens. 

    Pour nous aussi, "ce que nous tolérons indique ce que nous sommes vraiment". Ce que nous tolérons à l'échelle d'une société dont nous ne cesserons jamais d'être acteurs même si nous avons l'impression de n'en être que spectateurs, ce que nous tolérons indique ce que notre société est vraiment. Le 15 Mars 2019 nous avons toléré qu'un homme se filme en direct en train de répandre froidement la mort sur une plateforme réunissant plus de deux milliards et demi d'utilisateurs. 

    Ibrahim Mucad avait trois ans. Abdullahi Dirie avait quatre ans. Ils sont morts assassinés en Facebook "Live". A eux et aux 50 autres victimes de cette barbarie nous devons autre chose que nos regards de morts-vivants posés sur des extraits de vidéos que nous aurions préféré ne pas avoir à regarder. 

    (Source Otago Daily Times)

    Mais puisque ces vidéos sont là et puisque eux, ne sont plus là, rappelons que filmer la mort en direct n'est pas un projet de société. "Ce que nous tolérons indique ce que nous sommes vraiment". Alors pour Ibrahim, trois ans, pour Abdullahi, quatre ans, et pour toutes les autres victimes du massacre de Christchurch,  penser de quelle manière nous pourrons éviter la diffusion en direct du prochain massacre ou l'interrompre plus tôt ne doit surtout pas nous empêcher de penser l'essentiel : ce qui politiquement, socialement et médiatiquement nous a conduit à rendre possible la diffusion en live du massacre d'innocents.  

    <Mise à jour du 19 Mars> Facebook vient de publier un communiqué, heu ... assez ... aride à propos de ses actions de modération en temps réel concernant la vidéo du massacre de Christchurch. On n'y apprend rien de plus que ce que j'avais déjà écrit dans mon article mais il y a cette phrase, quand même, que je souligne : 

    "La vidéo a été vue moins de 200 fois pendant la diffusion en direct. Aucun utilisateur n’a signalé la vidéo pendant la diffusion en direct. Si l’on tient compte des vues en direct, la vidéo a été visionnée environ 4000 fois au total avant d’être retirée de Facebook."

    "Aucun utilisateur n'a signalé la vidéo pendant la diffusion en direct". Pendant 17 minutes. Selon Facebook. Qu'il serait tout de même assez étonnant de voir confesser que des signalements ont eu lieu pendant le visionnage et qu'ils n'ont rien fait. Mais accordons-leur le bénéfice du doute. De fait il est possible de postuler un effet de sidération qui nous ferait oublier de "signaler" le massacre en direct que l'on est en train de regarder. Mais que ces 17 minutes doivent être longues. Il est hélas également possible (et davantage probable) qu'au regard du contexte et de ce que l'on connaît des intentions du tueur et de la manière dont il avait préparé et "annoncé" son passage à l'acte, il est très probable que la majorité de des 4000 spectateurs aient été des suprémacistes. Une nouvelle fois donc, "ce que nous tolérons indique ce que nous sommes vraiment". 

    </Mise à jour du 19 Mars>

    Catégories: A la une